
, Ce texte ne dévoile pas les secrets de la saison 2, ni de la3, ni de la 1 en fait, donc est lisible par tous. Employons les bonnes vieilles techniques qui ont fait leurs preuves pour introduire sa réflexion, partons des mots de l’énoncé du « sujet », en dans ce cas, le mot : Lost. Bon, là c’est pas trop dure, tout le monde sait ce que ça veut dire, non pas en français j’entend , mais la signification du mot lost. On dit que quelqu’un est « lost », quand on ne sait plus où on est, ni où on en est.
Lost raconte donc les aventures d’un groupe de survivant d’un crash aérien sur une île qui se trouve… nul part. Ils ne sont pas perdus au sens qu’ils ne savent pas où ils sont, puisqu’ils sont nul part. Ok je commence à tordre les cheveux en quatre, mais je tiens vraiment à introduire cette notion dès le début : ils ne sont pas sur une île du planisphère, ils ne sont pas à côté des îles Fuji comme on pourrait le croire. Ils sont nul part. Une carte, ce qui sert quand on est perdu, ne servirait à rien, et ils commencent à la fin de la 2° saison à le comprendre.
Restons au début de la série : un crash aérien ; quelles sont les probabilités de survivre à un crash aérien ? Nulle. On ne survit pas à une chute de 8000 mètres sans parachute, enfermé dans un fer à repasser. Attention : on commence les hypothèses foireuses. Ils sont donc les victimes d’un crash aérien auquel ils survivent
miraculeusement ( je met ce terme en italique car c’est le mot clé de la deuxième saison : croyez-vous aux miracles ?). Vous allez me dire, s’ils meurent dès le début, il n’y a pas d’histoire. Mais comment sommes nous sur qu’ils ne sont pas morts ? Que lost ne raconte pas les aventures de personnes mortes ? C’est une hypothèse qui ne se tient pas du tout, mais la piste reste intéressante. Alors admettons qu’ils soient morts. Ou sont-ils alors ? Ou va-t- t-on quand on meurt ?
Soit nul part, et là il n’y a pas de série possible, soit en enfer ou au paradis. Quelle est l’expression pour le genre d’îles où ils se trouvent ? Une île
paradisiaque. Tout être humain rêve de se retrouver une fois dans sa vie sur une île du type de celle de Lost, avec du sable fin, du soleil, et des bikinis. Alors sommes-nous au paradis ?
Quand on apprend le passé des différents protagonistes, on est sûrement pas au paradis. Les personnages de la série sont pour la plupart des mauvais : le doc a poussé au suicide sont père, Kate a tué son beau-père, Sawyer est un anarqueur de première classe, Eko est un seigneur de guerre en Afrique, Sayid est un tortionnaire irakien. Sont-ils tous mauvais ? Non, il y aussi les bons : Locke, la vieille femme noire qui a perdu son mari, Michael et son fils (dans le passé), et Hurley.
L’île est-elle un paradis ? On risque fort de se faire manger par un monstre diabolique, de se faire tuer par les autres, ou de tomber d’une falaise (sans compter une certaine maladie mais dont on ne sait toujours rien).
Si on fait le bilan, on est donc dans un lieu en apparence paradisiaque, pour son aspect extérieur, la plage, mais également diabolique, en profondeur, dans la forêt. Les protagonistes ont l’air tous très gentils mais ont tous commis de graves fautes dans leur passé qu’ils tentent de fuir. Le plus remarquable est la similitude profonde des pêchés commis : ce ne sont que des crimes indirects ou « excusables ». Prenons Jack : il fait virer son père de l’hôpital pour faute professionnelle et ce dernier se fait ensuite retirer sa licence de médecin. Jack arrête alors de voir son père qui finit par se suicider de tristesse et d’amertume. Est-ce un crime ? non. Mais Jack est-il innocent ? Il a dénoncé son propre père. Kate a tué son beau père : ok il cherchait à la violer et battait sa mère. Est-elle coupable ? Oui mais non. Sayid torture des prisonniers en Irak : mais il le fait pour le compte des USA. Il fait également arrêter son meilleur ami par la CIA, pour tentative de terrorisme, et celui ci se suicide. Est-il coupable ? Non mais oui.
La plupart des héros sont donc entre deux rives : ils ont commi des « crimes » que la justice humaine ne peut juger. Meurtres, trahison, torture, dénonciation : ces survivants sont tous de beaux salauds avec un bon fond.
Tout ça pour démontrer quoi ? Que si je devais les situer quelque part, je dirais qu’ils sont au
purgatoire. Ils sont en instance d’êtres jugés pour savoir s’ils iront au paradis ou en enfer. On offre une chance aux méchants de se racheter, et l’on guérit les gentils et on les met à l’épreuve ( Locke n’a plus besoin de son fauteuil roulant, et d’autres exemples que trouveront ceux qui ont vu la 2°saison). Les méchants doivent, pour se racheter, affronter leurs passés (les scènes d’hallucinations dans la forêt)
Cette île est donc un immense purgatoire, où chacun se lave de ses pêchés. Voilà la première chose que je voulais dire.
Il me reste tellement à dire, mais peu de volontés pour tout écrire. On peut juste rappeler que le thème de l’île située nul part n’est pas une invention du pourtant génial JJ Abrams. On peut citer « l’île du jour d’après » d’Umberto Eco et toute la littérature des premières lumières sur la découverte du nouveau monde, de Diderot et Jean de Léry, en passant par Rousseau, jusqu’à Lévi-Strauss. Je ne vais pas tout résumer et faire tous les rapprochements avec Lost. Mais le point commun de toute cette littérature est la symbolique de l’île, de ce nouveau monde à la fois réel et immatériel, où l’on fuit toujours son passé, et où l’ont y découvre les autres. L’Autre fait toujours peur, car il nous ramène à
moi. Quand on découvre l’Autre, on découvre un miroir, qui semble déformant, mais qui en réalité n’est qu’un reflet. En étudiant les autres, c’est le moi qu’on découvre. Bref, je vais arrêter la masturbation à ce sujet, qui est mon deuxième point, mais l'île est vraiment un lieu symbolique, en dehors du monde et dont on ne peut sortir.
Enfin, très rapidement, en troisième et dernier point, la série raconte avant tout une société humaine revenue à « l’état de nature », son organisation, qui n’a rien de démocratique, son instinct de survie, et sa proportion à la violence. Les armes restent l’élément principal de la société. Celui qui détient les armes détient le pouvoir. Guerres, emprisonnements, enquêtes, tortures sont le quotidien de cette civilisation de rescapés « civilisés ». La vision américaine est donc très pessimiste et très éloignée du maître Rousseau. Il n’est jamais question de « propriété » sur l’île, mais toujours de pouvoir et de force. Le seul élément optimiste, c’est le docteur sheappard (je ne sais pas comment on écrit ça) ; enfin le doc. Véritable sauveur, son nom même, sheappeard veut dire en anglais « pasteur », celui qui guide les autres. Il détient le seul pouvoir qu’on ne peut voler : le savoir. Lui seul peut sauver, ou tuer sans passer par la violence.
Au passage, on est étonné même de l’absence réelle de savoir chez les autres personnages. Ils ne savent rien faire cette bande de neuneu quand même. A part Sayid et Eko qui sont des professionnels de la violence, on dirait des enfants qui viennent de naître et à qui il faudrait tout apprendre. Lock est également plus utile à lui tout seul que la bande de couillons sur la plage. C’était vraiment un avion d'attardés? Je crois plutôt, une fois encore, en une vision pessimiste de la société moderne, où l’individualisme prévaut sur le commun. Si on leur demandait, tous les figurants inconnus seraient sûrement très utiles ; les hommes sont globalement plus intelligents que ce qu’on veut bien croire. Mais la mise en commun de ces savoirs semble nécessitée trop d’organisation, de dictature en fait, ce qui leur manque cruellement.
Et puis bon, quel intérêt à s’unir ? quel est l’objectif des survivants au fait ? Rentrer chez eux ? ça fait bien longtemps qu’on en parle plus et qu’ils ont fait le deuil de leur vie passé. L’intérêt de la suite de la série sera donc autour de cette question : quel est leur objectif commun?
Terminons juste par une citation de John Donne, une sorte de Rabelais anglais : « No man is an island ; every man (…) is a part of the main ».