vendredi 9 mars 2007

Captain America est mort !




Dans l'édition électronique du monde de cet après-midi, vous pouvez y apprendre la mort de Captain America. Nous, pauvres habitants du vieux continent ne connaissons que très peu ce super-héros de Comics, qui est aussi connu aux US que Mickey. Ce super-héros, crée en 1941 comme symbole d'un pays combattant contre le fascisme, continuait paisiblement sa vie de justicier, vêtu d'un drapeau américain, incarnant les valeurs de justice et de liberté "à l'américaine". 210 millions d'albums de Captain America ont été vendu depuis 1941 selon Le Monde.

Et ce matin, il s'est fait tué par un sniper isolé... La mort d'un super-héros... c'est rare, très rare même. En y réfléchisant, je ne vois que Néo de Matrix, super héros de l'an 2000, qui meurt à la fin de l'épopée, mais qui reste éternel dans la réalité virtuelle. Captain America, dans ses dernières aventures, combat les forces obscurs du gouvernement américain et veut tuer le responsable du camp de Guantanamo... Les ennemis des US ne sont plus extérieurs mais intérieurs. Le représentant de la Justice meurt dans l'Amérique de Bush.

Un prochain post viendra sur l'importance de ce revierement dans la mentalité américaine, et en particulier dans les séries TV. On accuse de beaucoup de choses les Etats-Unis, on les critique énormément en France, mais ceux qui portent les coups les plus durs sont les scénaristes américains de séries et de bd.

jeudi 8 mars 2007

citation pour Lost

Juste une citation de Deleuze lue cet après-midi qui fait corps à mon post sur Lost:

"Rêver des îles, avec angoisse ou joie peu importe, c'est rêver qu'on se sépare , qu'on est déjà séparé, loin des continents, qu'on est seul et perdu _ ou bien c'est rêver qu'on repart à zéro, qu'on recrée, qu'on recommence. Il y avait des îles dérivées, mais l'île, c'est aussi ce vers quoi l'on dérive, et il y avait des îles originaires, mais l'île, c'est aussi l'origine, l'origine radicale et absolue".

Très belle citation (from revue Nouveau Femina) que je vous propose de rapporter à Lost.

Je l'ai bien lu dans un article de sociologie consacré aux arrêts de bus en "univers dégradé".... je ne suis pas le seul à faire des extrapolations...

dimanche 4 mars 2007

Lost: perdu ou paumé?





, Ce texte ne dévoile pas les secrets de la saison 2, ni de la3, ni de la 1 en fait, donc est lisible par tous.




Employons les bonnes vieilles techniques qui ont fait leurs preuves pour introduire sa réflexion, partons des mots de l’énoncé du « sujet », en dans ce cas, le mot : Lost. Bon, là c’est pas trop dure, tout le monde sait ce que ça veut dire, non pas en français j’entend , mais la signification du mot lost. On dit que quelqu’un est « lost », quand on ne sait plus où on est, ni où on en est.

Lost raconte donc les aventures d’un groupe de survivant d’un crash aérien sur une île qui se trouve… nul part. Ils ne sont pas perdus au sens qu’ils ne savent pas où ils sont, puisqu’ils sont nul part. Ok je commence à tordre les cheveux en quatre, mais je tiens vraiment à introduire cette notion dès le début : ils ne sont pas sur une île du planisphère, ils ne sont pas à côté des îles Fuji comme on pourrait le croire. Ils sont nul part. Une carte, ce qui sert quand on est perdu, ne servirait à rien, et ils commencent à la fin de la 2° saison à le comprendre.

Restons au début de la série : un crash aérien ; quelles sont les probabilités de survivre à un crash aérien ? Nulle. On ne survit pas à une chute de 8000 mètres sans parachute, enfermé dans un fer à repasser. Attention : on commence les hypothèses foireuses. Ils sont donc les victimes d’un crash aérien auquel ils survivent miraculeusement ( je met ce terme en italique car c’est le mot clé de la deuxième saison : croyez-vous aux miracles ?). Vous allez me dire, s’ils meurent dès le début, il n’y a pas d’histoire. Mais comment sommes nous sur qu’ils ne sont pas morts ? Que lost ne raconte pas les aventures de personnes mortes ? C’est une hypothèse qui ne se tient pas du tout, mais la piste reste intéressante. Alors admettons qu’ils soient morts. Ou sont-ils alors ? Ou va-t- t-on quand on meurt ?

Soit nul part, et là il n’y a pas de série possible, soit en enfer ou au paradis. Quelle est l’expression pour le genre d’îles où ils se trouvent ? Une île paradisiaque. Tout être humain rêve de se retrouver une fois dans sa vie sur une île du type de celle de Lost, avec du sable fin, du soleil, et des bikinis. Alors sommes-nous au paradis ?

Quand on apprend le passé des différents protagonistes, on est sûrement pas au paradis. Les personnages de la série sont pour la plupart des mauvais : le doc a poussé au suicide sont père, Kate a tué son beau-père, Sawyer est un anarqueur de première classe, Eko est un seigneur de guerre en Afrique, Sayid est un tortionnaire irakien. Sont-ils tous mauvais ? Non, il y aussi les bons : Locke, la vieille femme noire qui a perdu son mari, Michael et son fils (dans le passé), et Hurley.

L’île est-elle un paradis ? On risque fort de se faire manger par un monstre diabolique, de se faire tuer par les autres, ou de tomber d’une falaise (sans compter une certaine maladie mais dont on ne sait toujours rien).



Si on fait le bilan, on est donc dans un lieu en apparence paradisiaque, pour son aspect extérieur, la plage, mais également diabolique, en profondeur, dans la forêt. Les protagonistes ont l’air tous très gentils mais ont tous commis de graves fautes dans leur passé qu’ils tentent de fuir. Le plus remarquable est la similitude profonde des pêchés commis : ce ne sont que des crimes indirects ou « excusables ». Prenons Jack : il fait virer son père de l’hôpital pour faute professionnelle et ce dernier se fait ensuite retirer sa licence de médecin. Jack arrête alors de voir son père qui finit par se suicider de tristesse et d’amertume. Est-ce un crime ? non. Mais Jack est-il innocent ? Il a dénoncé son propre père. Kate a tué son beau père : ok il cherchait à la violer et battait sa mère. Est-elle coupable ? Oui mais non. Sayid torture des prisonniers en Irak : mais il le fait pour le compte des USA. Il fait également arrêter son meilleur ami par la CIA, pour tentative de terrorisme, et celui ci se suicide. Est-il coupable ? Non mais oui.

La plupart des héros sont donc entre deux rives : ils ont commi des « crimes » que la justice humaine ne peut juger. Meurtres, trahison, torture, dénonciation : ces survivants sont tous de beaux salauds avec un bon fond.

Tout ça pour démontrer quoi ? Que si je devais les situer quelque part, je dirais qu’ils sont au purgatoire. Ils sont en instance d’êtres jugés pour savoir s’ils iront au paradis ou en enfer. On offre une chance aux méchants de se racheter, et l’on guérit les gentils et on les met à l’épreuve ( Locke n’a plus besoin de son fauteuil roulant, et d’autres exemples que trouveront ceux qui ont vu la 2°saison). Les méchants doivent, pour se racheter, affronter leurs passés (les scènes d’hallucinations dans la forêt)

Cette île est donc un immense purgatoire, où chacun se lave de ses pêchés. Voilà la première chose que je voulais dire.

Il me reste tellement à dire, mais peu de volontés pour tout écrire. On peut juste rappeler que le thème de l’île située nul part n’est pas une invention du pourtant génial JJ Abrams. On peut citer « l’île du jour d’après » d’Umberto Eco et toute la littérature des premières lumières sur la découverte du nouveau monde, de Diderot et Jean de Léry, en passant par Rousseau, jusqu’à Lévi-Strauss. Je ne vais pas tout résumer et faire tous les rapprochements avec Lost. Mais le point commun de toute cette littérature est la symbolique de l’île, de ce nouveau monde à la fois réel et immatériel, où l’on fuit toujours son passé, et où l’ont y découvre les autres. L’Autre fait toujours peur, car il nous ramène à moi. Quand on découvre l’Autre, on découvre un miroir, qui semble déformant, mais qui en réalité n’est qu’un reflet. En étudiant les autres, c’est le moi qu’on découvre. Bref, je vais arrêter la masturbation à ce sujet, qui est mon deuxième point, mais l'île est vraiment un lieu symbolique, en dehors du monde et dont on ne peut sortir.


Enfin, très rapidement, en troisième et dernier point, la série raconte avant tout une société humaine revenue à « l’état de nature », son organisation, qui n’a rien de démocratique, son instinct de survie, et sa proportion à la violence. Les armes restent l’élément principal de la société. Celui qui détient les armes détient le pouvoir. Guerres, emprisonnements, enquêtes, tortures sont le quotidien de cette civilisation de rescapés « civilisés ». La vision américaine est donc très pessimiste et très éloignée du maître Rousseau. Il n’est jamais question de « propriété » sur l’île, mais toujours de pouvoir et de force. Le seul élément optimiste, c’est le docteur sheappard (je ne sais pas comment on écrit ça) ; enfin le doc. Véritable sauveur, son nom même, sheappeard veut dire en anglais « pasteur », celui qui guide les autres. Il détient le seul pouvoir qu’on ne peut voler : le savoir. Lui seul peut sauver, ou tuer sans passer par la violence.

Au passage, on est étonné même de l’absence réelle de savoir chez les autres personnages. Ils ne savent rien faire cette bande de neuneu quand même. A part Sayid et Eko qui sont des professionnels de la violence, on dirait des enfants qui viennent de naître et à qui il faudrait tout apprendre. Lock est également plus utile à lui tout seul que la bande de couillons sur la plage. C’était vraiment un avion d'attardés? Je crois plutôt, une fois encore, en une vision pessimiste de la société moderne, où l’individualisme prévaut sur le commun. Si on leur demandait, tous les figurants inconnus seraient sûrement très utiles ; les hommes sont globalement plus intelligents que ce qu’on veut bien croire. Mais la mise en commun de ces savoirs semble nécessitée trop d’organisation, de dictature en fait, ce qui leur manque cruellement.

Et puis bon, quel intérêt à s’unir ? quel est l’objectif des survivants au fait ? Rentrer chez eux ? ça fait bien longtemps qu’on en parle plus et qu’ils ont fait le deuil de leur vie passé. L’intérêt de la suite de la série sera donc autour de cette question : quel est leur objectif commun?


Terminons juste par une citation de John Donne, une sorte de Rabelais anglais : « No man is an island ; every man (…) is a part of the main ».

vendredi 2 mars 2007

Pi




Titre original, celui d’une lettre grecque, d’un signe mathématique, d’un chiffre, mais surtout d’une énigme plus ou moins éclaircie par d’anciens cours de géométrie oubliés. Qui peut me dire à quoi correspond ce chiffre parmi mes fidèles lecteurs ?? Mais là, PI, c’est un film. Un film de Daren Aronofsky, plus connu pour sa réalisation en 2000 de Requiem for a Dream que je conseille de voir si, et seulement si, on est prêt à être choqué par des situations, des mises en scène, de passer un mauvais moment sur le plan sensible. On trouve dans Pi les prémices de la réalisation de Aronofsky. En premier lieu la musique, de l’électro très saccadée, qui évolue au rythme des images. Une caméra qui bouge, mais qui bouge vite, très vite, trop vite pour le cinéma. On n’arrive pas à suivre l’image, notre œil n’est pas assez rapide. Mettez vous sur un fauteuil et faites le tourner le plus vite possible. C’est ce verrez en regardant du Aronofsky. Quand ce n’est pas une vue du personnage, je veux dire par là une caméra implantée dans ses yeux, c’est nous qui courons, c’est nous qui pleurons et qui devenons fous, la caméra montre ce qu’elle voit, tout simplement, elle ne présente pas une situation qu’elle est partie cherchez. Nous voyons nos jambes, nos bras, notre tête. Nous nous regardons dans le miroir. Emporté par la fouge, je n’ai pas terminé ma précédente phrase…Je disais donc, quand ce n’est pas un point de vue du personnage, c’est sa tête en gros plan, de face, que nous voyons. On ne voit que lui sur l’écran, En définitive, soit nous voyons l’univers par les yeux du personnage, sans interprétation ou divagation possible, soit nous voyons le personnage, mais que le personnage, et rien d’autre.

Le personnage a des visions, des cauchemars, entend ce qu’il vaut entendre, voit ce qu’il veut voir. Nous sommes perdus avec lui. Car exactement comme dans Requiem For a Dream, le personnage principal (Max, puisqu’il faut lui donner un nom), est perdu, et de façon irrémédiable. Il n’est pas vraiment lui, du moins autant que nous mêmes pouvons être lui. Je veux dire par là que la grande force de Aronofsky est justement de nous montrer un film comme le personnage voit sa propre vie. Ce n’est pas nous qui voyons comme Max, c’est Max qui voit comme nous. Max a une caméra dans la tête. Quand je disais plus haut que regarder un film de Aronofsky, c’est avoir un cauchemar en pleine nuit, le personnage ressent exactement la même chose. Il regarde un cauchemar alors qu’il ne dort pas. Autant dormir ou se tuer dans ce cas. Ou s’enfoncer une perceuse dans le crâne pour tenter de déloger cette petite caméra qui a remplacé nos yeux.

La folie. Non ce n’est pas un film sur la folie. Ou si, dans la mesure où il montre la relativité de la folie, et que si on avait une caméra dans le cerveau qui passait sur un grand écran avec de la musique électro en fond, tout le monde serait fou et prendrait l’autre pour un fou. On plonge au cœur de nos angoisses, de nos mots de têtes, de nos réveils en pleine nuit. Je n’ai rien dit du film en lui même alors que le scénario est passionnant. Mais on retient surtout la réalisation, les images les sons, la sueur coulant sur notre front. Vous ne passerez pas une bonne soirée en regardant ce film. Vous ne verrez pas d’amour, de Bien contre le Mal, pas de femme, pas d’alcool, pas d’action, pas de décor, pas de costume, pas de violon, pas de repas, pas de bonheur, pas de malheur, pas de sentiment, pas de vie. Vous verrez juste le crâne d’un génie qui devient fou puis passe au statut de pauvre humain mortel.

Apocalypse now




Bon essayons de faire un post moins long et plus lisible. Avec ce film, c’est très facile de faire court, car comme tout chef d’œuvre, ce film se passe de commentaire. J’avais eu une discussion sur la longueur des films vu que certain soir, certains demandaient à chaque fois un film de 90 minutes. Il existe de très bons films très courts, comme Elephant de Gus Van Sant, mais c’est rare ; pour la simple raison, et ce que je vais dire est très très contestable, et je vous invite à protester, mais qui dit bon film, dit bon scénario, et qui dit bon scénario dit un roman à la base. Je ne dit pas ça seulement en tant que fan de Kubrick et de Coppola, qui n’ont quasiment que fait des adaptations littéraires. Mais un roman nécessite une certaine longueur pour avoir un peu de profondeur. Est ce que je me sens obligé de défendre les films qui dépassent 180 minutes ? Non mais je veux juste faire comprendre que dans ce genre de film, les personnages sont vivant en tant que tel, on connaît tout d’eux, et on imagine le reste.

On a vécu la remonté du fleuve avec Willard. On le comprend. Je m’arrête là sur la durée des films, et je comprend tout à fait qu’on s’emmerde un peu quand c’est trop long, mais il faut juste comprendre que la longueur a plus de vertus que de défauts. Bon sinon, quoi dire sur le film en tant que tel. Je ne vais pas faire une tirade sur le voyage initiatique, c un peu bateau (ah ah ah ) ni sur la qualité de la réalisation qui reste inégalée de cette vision de la guerre purement objective dans son absurdité. Parlons juste un peu de la fin. Et en quelques lignes promis !!

Je m’accorde trois lignes: le voyage nous a montré comment la guerre par son absurdité, transforme les hommes en bêtes sauvages. Jusque là, rien d’original. Mais ce qui fait toute la puissance du film, et la qualité de brandon, c’est ce personnage de Kurtz, qui était devenu la parfaite bête irrationnelle de la guerre mais qui au lieu d’oublier l’horreur, décide de l’assumer et de l’utiliser. L’homme devenu bête, comme Willard en cage, est d’autant plus dangereux lorsqu’il redevient un homme. Que de films sur la folie des hommes entraînés par le Viet Nam. Mais dans Apocalypse Now, Kurtz est plus fort que cela. Il sublime l’horreur de la guerre, assume ses actes tout en les condamnant. Il est devenu le « guerrier poétique ». Il fascine par son atrocité tant que par sa rhétorie, qu’il veut du reste aussi pur que l’âme d’un guerrier. Il ne se transforme pas en théologiste, s’interrogeant sur les absurdités de la guerre. Mais il reste un tueur sanguinaire sachant très bien ce qu’il fait. Alors que le propre du soldat est d’agir irrationnellement. Willard fini par atteindre ce degré de « perfection de l’horreur » et le renverse. On est en droit de penser qu’il le tue non pas pour honorer sa mission, mais car il doit prendre la « place » de Kurtz. Willard ne sera plus un soldat, il coupe la radio et s’enfonce dans le jungle avec son bateau

Kubrick: a life in pictures




Je viens juste de voir (enfin) le documentaire de plus de 2 heures sur Kubrick, sa vie et son œuvre. Je ne vais pas rédiger un petit commentaire sur chaque film, mais un post suivra, si j’ai le temps, pour chacun des films. Au moins puis-je rappeler dans l’ordre chronologique ses différents film : -Fear and desire -The Killer’s Kiss -The killing -Paths of glory -Spartacus -Lolita -Dr Strangelove, or how I stop worried about the bomb -2001 : a space Odissey -A clockwork Orange -Barry Lyndon -Full Metal Jacket -The Shinning -Eyes Wide Shut.

A cette liste de chef d’œuvre, on peut tout de même citer A.I, film réalisé par Spielberg, selon les vœux de Kubrick. Il avait écrit le scénario et comptait le produire mais ne voulait pas trop s’engager dans tous les problèmes d’images de synthèse, etc, et avait donc préféré laisser la réalisation à un maître des effets spéciaux. Enfin, un film sur Napoléon était prêt dans les cartons depuis 30 ans… Ca me fait donc 13 post à faire (ceux de Kubrick sauf Fear and Desire, que je n’ai pas vu mais AI en bonus). Pour parler du documentaire à strictement parler, on peut admirer la réalisation et le montage. Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est le choix des scènes dans chacun des films. Je suis en train de faire un post très inintéressant et complètement creux. Mais je me sens obligé de rester à la surface des films pour ne pas écrire pendant des heures. Je suis aussi très ému par ce documentaire, car d’un côté il me donne envi de travailler dans le cinéma, et d’un autre côté, idée stupide de ma part, mais il me montre que ce qui a été fait par Kubrick est parfait, se suffit à lui-même. Je ne vois pas ce qu’il reste à dire, à inventer. Chaque plan, chaque phrase, mais surtout chaque musique est là, au bon endroit au bon moment.

Car le cinéma a changé avec Kubrick, et en particulier, le rôle de la musique dans le film. Avant Kubrick et en particulier, si on veut faire un avant/après, c’est 2001 qui marque la rupture, donc avant 2001, la musique au cinéma était là pour accompagner le film ; comme une musique de fond dans une soirée au restaurant. Elle ne doit pas perturber mais doit divertir si jamais on n’a que ça à faire que d’écouter la musique. C’est du reste ce qu’on reproche à la musique de film en général, d’être du classique appauvri. Mais Kubrick, comme l’imitera Tarantino, choisit sa musique et ne la fait pas composer. La musique devient le narrateur, le personnage principal. Dans 2001, on observe des scènes sans aucun dialogue, pendant des dizaines de minutes, une dérivation dans l’espace, rythmée par Strauss. La scène finale du fœtus donne la chair de poule et est inoubliable juste grâce à la musique. Après 2001, tous les films de Kubrick seront mis en scène par la musique. La musique ne vient pas après, au montage, mais vient au début du projet, dès qu’on écrit le scénario. Ainsi, on n’est pas surpris de voir la pochette de la BO de 2001 dans A Clockwork Orange.

Un deuxième bouleversement dans le cinéma de Kubrick qui reste dans le cinéma moderne est le fameux travelling arrière des tranchées dans paths of glory. L’homme avance vers la caméra, vers son destin, et la caméra recule exactement à la même vitesse. Kubrick est un photographe, non un metteur en scène. Mais il a inventé la mise en scène au cinéma grâce à des concepts très techniques de perspective, de format de pellicule, qui nécessitaient que les acteurs soient à tel endroit à tel moment. Il a développer sa mise en scène de cette façon. Et quand on arrive à la grande scène du dialogue dans Eyes Wide Shut, nous avons le condensé de toute une vie : la maîtrise des lumières due à son métier de photographe, la perfection de la mise en scène du cinéaste qui est au sommet de son œuvre, la justesse et le réalisme d’un jeu d’acteurs, dont l’histoire personnelle est au service du film. Kubrick est un inventeur, un testeur. Il n’a jamais gardé le même acteur principal (en dehors de Douglas et Sellers pour des raisons indépendantes de sa volonté) n’a jamais fait deux films sur un même sujet ( si on considère que Paths of Glory est un film antimilitariste et que Full Metal Jacket est juste une observation objective de la guerre).

Enfin, il est de bon ton d’affirmer que les grands producteurs de cinéma, de type Warner Bros sont « horribles » car il ne font qu’industrialiser un art, etc. Kubrick représente celui à qui le système à profiter. Très tôt il a passé un accord « à vie » avec la WB. L ‘argent n’était plus un problème pour lui dès Lolita. Il a pu se payer une centrifugeuse géante dans 2001, des milliers de costumes d’époques achetés aux enchères pour Lyndon, une ville détruite pour F.M.J, et enfin et surtout plus de 2 années de tournages pour Eyes Wide Shut, avec Tom Cruise, Kidman et Sidney Pollack. Il a eu « carte blanche » toute sa vie car le responsable de la WB avait tout de suite vu le talent qui était en lui. Pouvoir faire du cinéma sans penser à l’argent est le rêve de tout réalisateur. Kubrick a réfléchi toute sa vie au sens de l’humanité, à savoir comment et pourquoi un homme pouvait choisir entre le Bien et le Mal. Tous ces films ne sont pas des partis de plaisir et de joie comme Strangelove. Ses films sont souvent longs, complexes et difficiles d’accès; et il faut les avoirs vus au minimum deux fois pour se forger un avis.

Mais la magie de son cinéma est qu’on redécouvre toujours le film. Chaque film est empreint d’un humanisme profond et sincère. En regardant un film de Kubrick, on regarde une œuvre d’art qui nous fait réfléchir, qui nous fait évoluer. Un monolithe venu de l’infini à travers les siècles qui montre un chemin à suivre…

Mulholland Drive






Tenter de résumer et d’expliquer pourquoi on trouve ce film génialissime n’est pas une mince affaire et n’est pas dénué d’arrogance. Le plus dur sera de ne pas rédiger trop de pages. Je ne vais pas résumer ce film de manière diégétique, c’est-à-dire en suivant le déroulement de l’histoire, mais en ordre chronologique. On peut déjà s’arrêter sur ce petit point théorique : le film ne suit pas un ordre chronologique (d’où l’importance de l’emploi du mot diégétique, pour le distinguer de « chronologique » et non seulement pour montrer que j’ai mangé un dictionnaire). Ne pas raconter une histoire dans un ordre chronologique n’a rien d’original en soi. On peut penser à Tarantino qui trouve beaucoup trop ennuyeux de rester plus de 30 minutes dans une situation donnée (pour notre plus grand plaisir). Mais dans Mulholland drive, c’est justement ce décalage entre temps diégétique et temps chronologique qui est intéressant. Pour voir le temps diégétique, il suffit de regarder le film.

Essayons de tirer le fil de l’histoire. Tout commence au Canada, dans une petite ville, où Diane (la blonde) a remporté un concours de danse. On apprend qu’elle part alors à Hollywood pour devenir une actrice, aidée par un héritage venant de sa tante Ruth, récemment décédée et qui était dans le « milieu ». Mais très rapidement, la réalité la rattrape. Elle auditionne pour le rôle de sa vie, pour une comédie musicale, mais c’est Camilla, une brune sulfureuse, qui obtient le rôle. Les deux concurrentes deviennent néanmoins amantes, mais Diane ne se remettra pas d’un sentiment d’infériorité profond, exacerbé par la montée médiatique fulgurante de Camilla. Diane n’obtient que de petits rôles et devient une « actrice ratée ». De plus, lors d’un repas, le « dernier repas » de Diane, Camilla annonce son mariage avec un réalisateur. Ce repas est un véritable enfer pour Diane. Elle ne voulait pas y aller, fait exprès d’arriver en retard, fait le trajet grâce à une limousine payée par Camilla et ne connaît personne. Elle scrute alors chaque détail de ce repas, chaque visage, chaque anecdote qui deviendront les fantômes de son inconscience. Rapidement, folle de jalousie, elle engage un tueur à gage pour liquider Camilla. Une fois le meurtre accompli, Diane est rongé par le remord et sombre dans la folie. Elle fait alors un rêve, qui dure plus de 100 minutes dans le film. Dans ce rêve, tout est inversé. Elle se prénomme Betty et Camilla prend le nom de Diane. La nouvelle Betty est actrice et prend sous son aile « Diane ». Nous passerons rapidement sur cette partie du film, car même si c’est la plus longue, c’est la plus évidente et le jeu des « différences » et leurs significations est évident avec la deuxième partie. Puis Diane se réveille, se souvient une dernière fois de l’amour de Camilla, et met fin à ses jours.

Bon j’ai mis un certain à vous résumer le film, alors que c’est très superficiel. Mais comme tout bon film, l’histoire, on s’en fout royalement. Une fois qu’on a remis le puzzle dans le bon ordre, une fois qu’on a admiré le découpage des pièces, et qu’on s’est applaudi de savoir rassembler un puzzle de 1000 pièces, il faut expliquer un peu ce qu’on voit. L’histoire n’est pas très originale, et ce n’est pas un bon film car mystérieux. Si on ne comprend rien, c’est que c’est un film de merde. Beaucoup ont bien aimé ce film et n’ont pas compris. Moi les films que je ne comprends pas, je m’emmerde. Bon pour ce film, il faut avouer que mieux faut le voir 5-6 fois et brancher son cerveau. En premier lieu, je dirai que c’est le film le plus réfléchi sur le cinéma et sur la nature même d’un film. On pourrait me dire que c’est pas bien compliqué de sortir ça, vu que le film entier parle du milieu du cinéma. Mais ça aussi, on s’en fout. Si je devais retenir une seule scène dans l’histoire du cinéma, ça serait la scène au club Silencio. C’est la scène centrale du film, celle qui explique tout, celle qui justifie l’existence du film et du cinéma. Ce n’est pas un hasard si Lynch choisit de terminer sur la scène de théâtre de ce club. Cette scène montre tout l’intérêt du cinéma et dévoile sa nature.

Rien n’est plus artificiel qu’un film. On enregistre une « réalité inventée » sur une bande magnétique qu’on repasse des mois ensuite devant un public. Le spectateur est alors immergé dans un monde on ne peut plus réaliste. « Tout est enregistré ! » annonce le présentateur du Silencio. « Il n’y a pas d’orchestre » ne cesse-t- de crier. Un film, c’est une pièce de théâtre sans lieu ni acteur, un orchestre sans musicien. Rien n’est impossible ? Non Lynch montre au contraire toute la complexité du cinéma : rien n’est possible au cinéma car rien n’existe. Une diva peut bien faire pleurer les jolis yeux bleus de Noami Watts : elle fait du play-back ( de la « présonorisation » selon le dictionnaire de français). Le sentiment d’oppressement qu’on ressent au club Silencio est celui de l’inexistence. Les actrices principales peuvent donc changer de nom et de rôles au milieu du film. Faut-il y voir une condamnation irrémédiable du cinéma ?? Au contraire, Lynch affirme la grande force du cinéma tout en nous montrant l’envers du décor. Le cinéma crée des émotions à partir d’un orchestre qui n’existe pas. Il faut donc en jouer et non vouloir contrer ce paradoxe.

Enfin, pour ceux qui ont eu le courage d’arrivés jusqu’ici, je parlerai du processus psychologique de la « dépersonnalisation ». C’est une maladie psychologique qui entraîne chez le patient le sentiment d’observer ses actions physiques et ses pensées de l’extérieur, comme s’il rêvait. Effectivement, quand on rêve, on se voit agir et rêver. Ce film est l’exemple même de la dépersonnalisation. On va me dire que Diane rêve effectivement. Oui mais je m’en fous de ça. Chez Lynch, le rêve ne devient pas réalité ; thème trop récurent et trop facile au cinéma, pour les raisons annoncées plus haut, c’est-à-dire l’artificialité profonde de cet art. Non chez lynch, dans tous ses films, le rêve est réalité. Il n’y a pas de différence. On pose une caméra dans une situation donnée. La caméra de Lynch est celle posée dans nos rêves. Il fouille notre subconscient, en passant du « ça » au « surmoi », histoire de créer le débat avec flo. Le rêve est donc réalité, et la réalité est un rêve.

Comment ne pas se perdre alors dans ce film ? Il faut se laisser à l’abandon et juste observer, ouvrir ses yeux ; regarder le film.

Fight Club



Si j’étais un vrai critique des cahiers du cinéma et que j’écrivais des petites « notes » depuis des années, je pourrais commencer mon texte par la formule magique adaptée à ce type de film : « On a tout et rien dit sur ce film ! ». Cette formule a le mérite de s’excuser par avance de ce qu’on va dire, vu que dans tous les cas, soit ça ne sera vraiment pas original, soit ça se sera totalement absurde. On veut à la fois faire mieux que les autres tout en sachant qu’on ne le fera pas.

Quoiqu’il en soit, tout le monde connaît ce film. Mais, ayant fait l’effort de lire l’ouvrage de Palahniuk, je peux affirmer que peu de personnes conaissent réellement l’histoire, les débats philosophiques qui s’y jouent, non que le livre apporte d’autres informations ; mais on fait beaucoup plus attention aux dialogues quand on a lu le film. Je pense très sincèrement, mais c’est une opinion contestable et contestée, qu’au cinéma, c’est la vision qui prime sur l’audition. On est capté par l’image, et non par le dialogue. Si en plus on regarde en VO avec des sous-titres, la masse d’information est telle qu’on loupe forcément des petites nuances. Afin de vous en convaincre, ou peut être de montrer que je me trompe, je vais vous citer quelques phrases assez « troublantes ». « Je rêve qu’un jour je pourrais chasser le serf dans la forêt s’étendant autour des ruines du World Trade Center ». « Nous avons ici le meilleur point de vue pour admirer le futur ground zéro ». (bon, évidemment, faut le voir en VO pour avoir cette expression).

Qu’y a-t-il d’intéressant à citer ces phrases en dehors de leur caractère assez discret dans le film ? Que le terrorisme aux Etats-Unis est avant tout interne, et que les principaux objectifs sont des tours. Et pour nous, urbanistes fumeur de pipe, on a de quoi bâtir toute une théorie sur le symbolisme des buildings. La tour eiffel elle-même n’a échappé que de justesse à de nombreuses destructions, non-terroristes, mais souhaitées. Les tours de bureaux et de finances américaines qui étaient autant de Tour de Babel lancées contre Dieu sont devenus des cibles pour les « fous de Dieu ». Bref, je m’éloigne un peu du film. Mais il y a tellement à dire : on pourrait parler de la vision rousseauiste de la « société de Nature » développée par Tyler, sur le côté communiste du film où les ouvriers pissent dans la soupe des patrons, sur le paradoxe de celui qui veut détruire la « mondialisation » grâce à un groupe international ou enfin du paradoxe présent chez chaque spectateur qui se met à adorer Tyler, lui qui rêve de « faire échouer les plus grands pétroliers du monde sur toutes les plages de France qu’il ne vera jamais » (si si, celle là est aussi dans le film) qui est contre toute forme d’expression humaine, en particulier l’art et dont la mort de quelques-uns ne sont que des dommages collatéraux au service de la cause commune. On l’aime car il nous montre la liberté que l’on a pas, et que l’on aura pas.

Mais moi aussi je l’aime Tyler… Si je devais choisir un seul plan du film, c’est celui que je nommerais de la « saturation psychologique ». Très joli titre, je sais, pour 3 secondes chrono dans le film. Je place un peu la séquence. Juste avant de créer son armé personnelle, Tyler se met face à nous, nous regarde dans les yeux, en extrem close-up, et nous annonces « vous n’êtes pas vos vêtements, vous n’êtes pas votre travail, vous n’êtes pas votre compte en banque ». Il dit ça avec un regard haineux et pénétrant. Il veut nous faire réaliser, par la force, que nous ne sommes rien, en dehors de notre propre liberté individuelle. Lors de cette séquence, la caméra sature, elle s’agite, tremble, à tel point que l’image sort du cadre et on voit les bordures de la bobine. L’image saute ; la propagande psychologique de Tyler est trop puissante pour rester enfermer sur une bobine de cinéma. Elle doit être réveler au monde. On peut vraiment voir un côté divin chez Tyler ( la preuve, il existe sans exister ; il existe en chacun de nous mais pas chez l’autre). Et le dieu Tyler ne peut être représenté au cinéma.

J’en arrive exactement là où je le souhaitais (pour une fois), c’est-à-dire que l’intérêt principal du film est qu’il se considère comme un film. Les appartés au spectateur sont très nombreuses, Edward Norton nous montre plusieurs fois l’écran en tant qu’écran. Entre le tout début et la scène finale, qu’on voit donc deux fois, Norton affirme même « je n’ai TOUJOURS rien à dire » la deuxième fois, alors qu’au début, il dit juste « je ne vois rien à dire ». A ce quoi Tyler répond « humour flash-back ? ». On peut aussi noter la formidable transition entre la scène d’intro, où Norton est assis sur son fauteil et où il se retrouve projetté contre les nichons de Bob. On le voit partir d’un côté de l’image pour arriver projeté à la suivante. Fincher nous offre donc une leçon de cinéma, de ce qu’on peut faire avec des images ; tout simplement. On peut jouer, on peut s’amuser. Car c’est quand même une grande force ce film. C’est bien pour cela qu’il est jouissif.

lundi 26 février 2007

Lyon, la ville des rencontres absurdes

Il ne faut pas faut pas généraliser sa vision d'une ville par rapport aux très brèves expériences que l'on peut en avoir. Mais depuis mon arrivée à Lyon, hier après-midi, je collectionne les rencontres... comment dire... hors du commun. (je précise que je n'ai aucun à priori sur les lyonnais à l'origine).

Hier soir, avenue de la République, de la rep' pour faire lyonnais, rencontre avec un SDF qui nous aborde et nous coupe le passage. Réaction immédiate de retrait, et aussi d'un peu de peur,mais à la fois de gêne, pourquoi fuir cet homme qui à priori n'a rien fait de mal, sinon le fait d'être pauvre et dehors. Bref, il nous arrête et nous demande si nous avions déjà fait des "expériences extrêmes...". En fait, il voulait nous faire un petit tour de magie, qui était pas mal fait, en échange d'une pièce. Après, il est un peu parti dans son trip, nous a raconté des histoires d'auto-stop à Vierzon... enfin bref, c'était ma première rencontre à Lyon. Jusque là, rien d'extraordinaire.

Mais ce midi, dans le métro, un employé de la TCL (transporteur lyonnais) entre dans la rame et commence à discuter avec moi. "Alors c'est les vacances? t'en profites pour manger des olives?? laïlaïlaÏ (sur un faux aire des gypsy kings)??" Je ne me souviens pas d'une discussion aussi surréaliste que celle là. Il a continué sur des histoires d'olive (à manger et seulement à manger je précise pour certains lecteurs pervers) m'a demandé pour qui j'allais voter, lui m'a répondu dans un premier temps Le Pen, car il était arabe et voulait bien me montrer que des arabes votaient pour lui, puis s'est ravisé et m'a proposé plutot Claire Chazal... Enfin, ça a bien duré 10 minutes, le temps du trajet. Je me suis dis en sortant que je devrais proposer ça au bureau, des employés qui viennent discuter et dire des conneries aux voyageurs pour leur passer le temps.

Enfin et dernier exemple, musée d'art moderne de la ville de Lyon, vastes salles, une femme s'approche et demande "vous n'avez pas vu un homme avec une chemise verte et un blaser marron?" On était un brin surpris par la question, on répond qu'on en sait pas grand chose. Elle revient vers nous 10 minutes après, et nous montre un homme en chemise verte, 3 salles plus loin et nous dit "je vous avais bien dit qu'il était là!!" puis elle est partie, sans l'homme en chemise verte, bien entendu. J'en ai conclu que c'était un nouveau jeu, une sorte de trouver Charlie réel, une coutume de la région, ou peut-être qu'elle voulait tester notre sens de l'observation...

Voilà je crois tout ce qu'il faut retenir de la belle ville de Lyon. Des gens un peu... étranges... mais très sympathiques!!